28 janvier 2010

Il est né le nouveau... Dracula !

Le 4 février 2010, sort en librairie le quatrième voyage extraordinaire de Thédric Tibert. Cette aventure, totalement indépendante des trois autres, va amener l'ex-explorateur de l'Imaginaire à affronter l'un des héros de fiction parmi les plus terrifiants de l'histoire de la littérature fantastique. Et il est vrai que ce pauvre Thédric ne va pas être ménagé lors de cette mission à très haut risque, à risque ultime même puisqu'il pourrait y perdre, non seulement sa vie, mais auusi son âme. Il faut se souvenir que dans l'Imaginaire, il est tout à fait envisageable que les histoires se terminent mal. C'est en sachant que le pire peut l'emporter, comme dans la vraie vie, que Thédric s'embarque pour cette nouvelle destination, les terres du compte Dracula.

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Couverture du talentueux Laurent Miny. http://laurentminy.canalblog.com/

Texte de 4ème de couverture.

L’ex-explorateur de l’Imaginaire, Thédric Tibert, coulait des jours heureux auprès de son elfe du royaume des 7 Tours, jusqu’à ce qu’un événement inouï l’oblige à renouer avec ses anciennes fonctions. Une diplomate a été victime d’un accident de transfert quantique. Elle était attendue dans un Londres de l’Imaginaire où vit un certain Sherlock Holmes, c’est Dracula qui la reçoit dans son monde. Thédric, croit-on, est le seul Terrien apte à se mesurer au terrible comte de la nuit. Il voudrait refuser une telle mission, mais les circonstances ne lui laissent pas le choix. Il ira donc, sachant pourtant que l’issue ne pourra être qu’une confrontation directe… avec la mort.

Voici un extrait de ce fabuleux Voyage. Pour une fois, je ne vous propose pas le début, mais un passage où Thédric fait connaissance avec le comte. J'ai volontairement enlevé la description que j'en fais dans le roman, histoire de ne pas tuer ce suspense. Si toutefois, vous ne souhaitez rien savoir de ce Dracula là... passez votre chemin. Autrement, je vous invite à imprimer ce passage pour une lecture plus aisée... Bon entretien avec un vampire (c'est le titre du chapitre 15)

          " L’homme qui se tenait devant moi, tout près, ne ressemblait pas au comte Dracula que je m’étais représenté, ni à aucun des Dracula qui m’avaient fait trembler ou rire au cinéma. [...]

Il esquissa un demi-sourire auquel je fis écho. C’est moi qui rompis le silence :

– Surpris, n’est-ce pas ?

Il se redressa, parut réfléchir à la réponse la plus appropriée :

– Déconcerté, finit-il par lâcher. Asseyons-nous.

Quelle incroyable confrontation ! Sans un mot, côte à côte, notre pas presque synchronisé, nous avons traversé le salon pour nous asseoir l’un en face de l’autre dans de confortables fauteuils, séparés par une table basse en verre et fer forgé, sur laquelle il n’y avait rien. Et nous adoptâmes spontanément la même position : les deux bras reposant sur les accoudoirs, les mains pendant nonchalamment, la tête un peu baissée pour fixer l’autre d’un regard scrutateur… Il ne m’avait pas imité ! Nous étions le reflet l’un de l’autre. C’était confondant.

Nous nous observâmes mutuellement encore un moment, sans conscience du temps, sans embarras bien qu’aussi perturbés l’un que l’autre. Il était vêtu d’un ensemble anthracite à jaquette, aux boutons d’argent luisant. Elle était ouverte sur une chemise immaculée ornée d’une large cravate bouffante en soie bordeaux, piquée d’une épingle à perle noire. En un geste un peu précieux, il croisa les mains au niveau de son menton, des mains très blanches, à la peau d’une grande finesse. Je fis à cette occasion un autre constat inattendu. Je m’étais figuré que le comte Dracula devait avoir des ongles crochus et noirs, comme dans les plus médiocres films d’horreur. En vérité, ils étaient si soignés qu’on aurait pu les croire manucurés.

Ce fut à son tour de rompre le silence :

– Vous ne m’avez toujours pas répondu, sire Tibert. Qui êtes-vous ?

– Je reconnais que je suis une énigme ardue. Mais peut-être la question la plus importante est-elle : « Pourquoi suis-je venu ? » 

– J’attends une réponse aux deux questions.

– Très bien. Je n’ai rien à cacher, contrairement à vous, n’est-ce pas ?

Il simula l’étonnement, mais ne répliqua pas. Je décidai d’attaquer de front, en adaptant mes révélations à l’ambiguïté de mon interlocuteur :

– J’appartiens à un monde assez différent du vôtre. Pas à une autre région, ou à une autre planète. Non. À une autre réalité, à laquelle aucune des créatures vivantes de cet univers ne peut avoir accès, pas même après la mort, puisque ce n’est pas un au-delà. Je suis conscient que cela peut vous paraître étrange, mais…

– Ne vous fatiguez pas, sire, je sais d’où vous venez. Votre monde a pour nom Planète Terre. La technologie y est si avancée que l’esprit le plus éclairé de mon pays pourrait devenir fou à essayer d’en comprendre la complexité. Vous noterez que je ne parle pas d’évolution.

– Qui vous a parlé de la Terre ? m’enquis-je.

– Allons, vous le savez bien.

– Clara Blinker ?

– En effet.

        – Où est-elle ?

        – Sans doute en cette demeure, puisque vous y êtes également.

        – Ma mission est de la ramener à son père.

        – Je comprends, mais cela ne dépend pas de moi.

        – Pourtant vous la retenez prisonnière.

            Il fronça les sourcils, puis s’emporta :

        – Ignorez-vous donc qui je suis ?

        – Le comte Dracula.

            Il émit un son de mécontentement, proche d’un sifflement.

        – Quel surnom déplaisant, le dragon. Dites-moi, Thédric Tibert, ai-je vraiment l’air d’une bête répugnante ?

            – Tel que je vous vois là, certainement pas, mais je vous crois quand même capable des pires violences. Faites voir vos crocs.

            L’insolence de la requête était destinée à le faire sortir de ses gonds, c’est-à-dire littéralement à lui faire montrer les crocs. Il opina imperceptiblement du chef, plissa un sourire en coin qui lui donna un air cruel. Enfin, il se fendit d’un sourire… carnassier ! Deux magnifiques canines pointaient de sa dentition parfaite.

            – Êtes-vous satisfait ? minauda-t-il.

            – Ce n’est pas vraiment le mot, répondis-je, sans doute un peu plus pâle que l’instant d’avant. À mon tour de vous montrer quelque chose d’étonnant.

            J’ôtai mon bonnet de cuir, puis dégageai mon oreille droite. Sa stupeur me combla.

             – Fichtre ! Je sentais bien que vous étiez différent, mais à ce point. Qu’êtes-vous donc ? Une chimère ?

            – D’abord, une énigme scientifique. La vérité, c’est que j’ai ramené ce souvenir de mon dernier voyage dans un infinimonde. Clara vous a certainement parlé de l’Imaginaire ?

            – Oui. Continuez.

            – Dans certaines contrées, il existe des créatures douées de conscience qu’on appelle les elfes. Ce ne sont ni des êtres humains ni des animaux. En vérité, ils sont plus qu’humains. Un de nos savants[1] a écrit un jour : « J’ai trouvé le chaînon manquant entre le singe et l’homme, c’est nous. » Si j’osais une formule un peu cynique, je dirais que les elfes sont l’image de ce que pourrait être l’humanité dans trois ou quatre mille ans, lorsqu’elle aura acquis assez de sagesse pour se respecter elle-même et vivre en harmonie avec son environnement. Hélas, pour le moment, les elfes ne sont que des êtres de l’Imaginaire. Comme...

            Je me retins à temps de lâcher ce vous, nécessairement désobligeant à l’égard de mon hôte.

            – Comme moi, enchaîna-t-il. J’ai aussi appris cela. J’avoue que c’est assez troublant de s’entendre expliquer que l’on n’existe pas, enfin… pas plus qu’un songe. Après réflexion, c’est assez drôle et je me dis : si seulement cela pouvait être vrai (Un voile de tristesse assombrit son regard, déjà si mélancolique). Les elfes, disiez-vous, sont des êtres de l’Imaginaire, “ comme vous ”.

            Je fis écho à son sourire malicieux.

            – Eh oui, convins-je. Je suis une énigme, puisque en partie humain du monde réel et en partie elfe du royaume des Sept Tours. Moi aussi, cela m’a inspiré un certain trouble, pour ne pas dire un trouble certain. Étant d’un naturel plutôt philosophe, j’ai fini par admettre que si je suis une facétie du Créateur, je peux très bien vivre ainsi.

            Je marquai une pause, au cours de laquelle ma réflexion se poursuivit sur cette singularité qui avait fait de moi un être à part, à double part. Pour l’heure, cela ne me posait pas de problème identitaire, mais levait en moi une question fondamentale, et sans réponse : pourquoi ? Je dévisageai mon interlocuteur et surpris une grande lassitude dans son regard si pâle. Lui-même était plongé dans ses propres pensées. J’éprouvai alors la profondeur des tourments de cette créature et en fus, malgré ce que je savais d’elle, sincèrement affecté.

            – Pouvons-nous parler de vous, à présent ? demandai-je.

            – J’ai le sentiment que vous savez déjà beaucoup de choses.

            – C’est exact, mais il doit bien rester quelques zones d’ombre.

            – Assurément, dont une qui vous intéresse particulièrement : comment cet entretien va-t-il finir ?

Je gardai le silence.

[1] Konrad Lorenz, éthologiste autrichien (1903 – 1989).


Posté par voyageextra à 22:14 - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Il est né le nouveau... Dracula !

    Je suis impatient de le lire, mais j'ai choisis de ne pas lire cet extrait ! Je préfère ne rien savoir et découvrir par la lecture...
    En tout cas j'espère que le livre aura du succès !
    Je vais faire un peu de pub sur LF !
    Alexandre

    Posté par alex!, 31 janvier 2010 à 05:59 | | Répondre
  • ps : sympa les photos du travail du dessinateur

    Posté par alex!, 31 janvier 2010 à 06:01 | | Répondre
  • Je viens de lire cet extrait, et cela ne me fait que attendre la publication du roman avec plus d'impatience.
    Bonne continuation.

    Posté par Zirra, 31 janvier 2010 à 16:02 | | Répondre
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